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VivaTech 2026 : pourquoi la souveraineté IA est devenue le vrai sujet ?

À VivaTech, on attendait des démonstrations spectaculaires : humanoïdes, drones, expériences immersives, modèles toujours plus puissants. Tout cela était là, pour la 10e édition du salon parisien (17-20 juin 2026), mais un autre fil rouge a traversé les allées et les prises de parole, plus discret et bien plus structurant.

La souveraineté en intelligence artificielle s’est imposée comme la question centrale de l’édition. Pas la performance brute des modèles, mais le contrôle : qui possède la technologie, où tournent les données, sur quels modèles s’appuient les entreprises et les États.

Pourquoi ce basculement, et qu’est-ce qu’il change concrètement pour les entreprises françaises qui investissent dans l’IA ?

La réponse tient en une idée : la souveraineté n’est plus un débat politique abstrait, c’est devenu un critère d’architecture pour tout projet d’IA sérieux ; surtout à l’heure où le gouvernement américain peut décider de couper l’accès des autres pays à un modèle d’IA jugé trop puissant.


Pourquoi cette 10e édition a-t-elle placé la souveraineté au centre ?

VivaTech 2026 a fait de la souveraineté technologique européenne son décor autant que son sujet. L’Allemagne, pays de l’année, est venue avec près de 200 startups et un pavillon dédié. L’Europe, dans son ensemble, occupait le terrain ; une manière de répondre, en présence, à une dépendance souvent dénoncée mais rarement adressée.

Ce contexte n’est pas neutre. Quelques jours avant le salon, l’administration américaine a ordonné à une grande entreprise d’IA de suspendre l’accès de ses modèles les plus puissants à « tout ressortissant étranger », au nom de la sécurité nationale. Le signal a été reçu cinq sur cinq côté européen : un outil que l’on n’a pas le droit d’utiliser du jour au lendemain n’est pas un outil sur lequel bâtir une stratégie.

La souveraineté numérique cesse alors d’être un slogan pour devenir une question de continuité d’activité.


Le plaidoyer de Yann LeCun pour une IA souveraine

Yann LeCun a livré sur la scène principale un plaidoyer clair en faveur d’une IA souveraine pour chaque État. Le chercheur français, figure mondiale de l’IA, a affirmé que les gouvernements ont raison de vouloir assurer leur souveraineté dans ce domaine.

Son argument dépasse la géopolitique. Selon lui, d’ici peu, l’essentiel de notre consommation d’informations passera par des assistants IA. La pluralité de ces assistants devient alors aussi importante que la pluralité des médias : disposer d’une seule source, contrôlée par un seul acteur, reviendrait à accepter une dépendance informationnelle inédite.

D’où sa défense d’un modèle de base ouvert, sur lequel chacun pourrait bâtir un assistant adapté à sa langue, sa culture, son système de valeurs. C’est tout le sens du projet Tapestry, lancé avec la coalition AI Alliance pour développer une IA ouverte et souveraine. LeCun a opposé cette vision au « contrôle » exercé par une poignée d’acteurs qui réserveraient les modèles les plus capables à quelques élus.

On peut être plus ou moins d’accord avec sa position sur l’open source. Mais le constat de fond est difficile à contester : l’autonomie passe par la capacité à choisir, adapter et héberger ses propres modèles.


La souveraineté en IA, est-ce un repli ?

La souveraineté en IA n’est pas un repli national ni un refus des technologies étrangères. C’est la capacité à garder la main sur trois variables : où sont stockées et traitées les données, quels modèles sont utilisés, et selon quelles règles.

Pour une entreprise française, la question est très concrète. Un projet d’IA peut s’appuyer sur des modèles ouverts hébergés en Europe, sur une architecture RAG (Retrieval-Augmented Generation) qui garde les données métier sous contrôle, ou sur des briques conformes au RGPD et à l’IA Act. Ce ne sont pas des contraintes administratives : ce sont les conditions de la confiance.

C’est la ligne que défend Gensai depuis le début. Une IA frugale, responsable, où la question « où tournent les données, sur quels modèles ? » compte autant que la performance affichée : le bon niveau d’intelligence appliqué au bon problème, et au bon endroit.


Que disent les stands sur le marché de l’IA ?

Au-delà des conférences, les stands racontent eux aussi où va le marché. VivaTech 2026 a confirmé la montée des expériences immersives et interactives, où l’IA générative ne se contente plus de répondre mais met en scène, personnalise et fait vivre une marque.

Les grands groupes l’ont bien compris. Dès l’entrée du salon, le stand L’Oréal, particulièrement mis en avant, proposait plusieurs dispositifs interactifs, dont deux applications dans lesquelles Gensai a eu l’occasion de participer.

L'Oréal Vivatech

Croiser ces réalisations entre deux conférences est une autre manière de mesurer une tendance : l’IA appliquée à l’expérience client n’est plus un démonstrateur, c’est une vitrine produit.


La souveraineté, un critère plutôt qu’un slogan

VivaTech 2026 aura confirmé un déplacement de la question de ce que l’IA peut faire, vers à qui elle appartient et où elle s’exécute. Les annonces gouvernementales, le plaidoyer de Yann LeCun et la place donnée à l’Europe pointent tous dans la même direction.

Pour les décideurs, l’enjeu n’est pas de cocher la case « souveraineté » par principe. L’enjeu est d’en faire un critère d’architecture dès la conception d’un projet : quels modèles, quel hébergement, quelle conformité, quelle réversibilité. En matière d’IA en entreprise, la sophistication technique ne remplace jamais la clarté stratégique ; et la souveraineté est désormais au cœur de cette clarté.